PARIS, FRANCE - OCTOBER 22: French Interior Minister Laurent Nunez leaves the Elysee Palace following a Cabinet Meeting in Paris, France on October 22, 2025. Tom Nicholson / Anadolu (Photo by Tom Nicholson / Anadolu via AFP)

NPF/Suivi

Dans un contexte de tensions diplomatiques sans précédent entre la France et l’Algérie, la visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, en Algérie lundi, revêt une importance particulière. Elle soulève des questions importantes et sensibles qui pourraient façonner la prochaine étape des relations bilatérales. De la question des migrants en situation irrégulière à l’affaire du journaliste Christophe Gleiz, en passant par la coopération sécuritaire au Sahel, cette visite apparaît comme un véritable test de la volonté des deux parties de sortir de l’impasse et de rétablir le dialogue.

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, se rend en Algérie lundi pour une visite de deux jours afin d’aborder plusieurs questions communes et sensibles. Parmi celles-ci, la plus importante est l’affaire du journaliste sportif français Christophe Gleiz, condamné à sept ans de prison, ainsi que la question du rapatriement des migrants algériens en situation irrégulière ayant reçu l’ordre de quitter le territoire français, et la coopération en matière de renseignement dans la lutte contre le terrorisme.

Cette visite intervient dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre les deux pays, qui se sont intensifiées au point que chaque partie a rappelé son ambassadeur auprès de l’autre, et que la communication est quasiment rompue depuis plus d’un an.

Le ministre français de l’Intérieur abordera plusieurs questions sensibles, notamment l’expulsion des Algériens en situation irrégulière en France. Ce dossier a longtemps compliqué les relations entre les deux capitales, en particulier sous le mandat de Bruno Retailleau, qui avait délibérément employé ce qui a été qualifié en Algérie de « langage de la force », sans obtenir de résultats.

Par ailleurs, M. Nunez s’entretiendra avec son homologue algérien, Saïd Saïoud, du cas du journaliste Ghélez, emprisonné. Il demandera sa libération afin qu’il puisse rentrer en France, ainsi que des questions de sécurité, notamment le terrorisme au Sahel, région où l’Algérie joue un rôle crucial.

Rééquilibrage des relations franco-algériennes

L’AFP a confirmé que Laurent Nunez s’est longuement entretenu par téléphone avec son homologue algérien, Saïd Saïoud, afin de préparer cette visite, perçue comme un premier signe d’un possible dégel des relations entre les deux rives de la Méditerranée. Il y a quelques jours, M. Nunez avait confirmé avoir reçu une invitation de son homologue algérien et qu’il l’accepterait. Intervenant sur BFM TV, il a expliqué que les préparatifs de la visite étaient en cours et a souligné la reprise de la coopération sécuritaire entre les deux pays.

 

Il a ajouté que « la France souhaite rétablir l’équilibre dans les relations franco-algériennes ». Selon M. Nunez, cet équilibre peut être atteint en réduisant le nombre de migrants venant s’installer en France pour des raisons familiales et sociales (comme le regroupement familial) et en augmentant le nombre de migrants venant uniquement pour travailler. Cela nécessite toutefois une révision de l’accord de 1968 régissant les relations entre les deux pays.

Le week-end dernier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré lors d’une interview à la presse, au sujet d’une éventuelle visite du ministre français de l’Intérieur : « Il est le bienvenu. » Il a ajouté : « Concernant la question des migrants sans papiers détenus dans les centres de rétention français, l’Algérie est prête à les accueillir, à condition qu’ils aient épuisé tous les recours prévus par la loi française. » Au début du mois, Nunez avait exprimé l’espoir que l’Algérie réponde aux demandes de Paris concernant le rapatriement de ses citoyens en situation irrégulière en France, ainsi que le cas de Christophe Gleize, arrêté en mai 2024 alors qu’il préparait un rapport sur la JS Kabylie, le club de football le plus titré du pays.

Les tensions entre les deux pays se sont exacerbées.

Les relations bilatérales se sont considérablement détériorées depuis l’été 2024, suite à la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire contesté dont le droit à l’autodétermination est soutenu par l’Algérie.

Les tensions se sont intensifiées ces deux dernières années, suite à l’enlèvement, en avril 2024, d’un Algérien critique influent du régime, connu sous le nom d’« Amir DZ », à la mise en examen d’un employé consulaire algérien en avril 2025 et à l’expulsion de douze employés de l’ambassade de France à Alger quelques jours plus tard.

  1. Nunez devrait aborder d’autres questions urgentes avec son homologue, M. Saïoud, notamment les demandes d’extradition formulées par l’Algérie auprès de la France, en particulier celle de Ferhat Mehenni, chef du MAK, mouvement que l’Algérie considère comme une organisation terroriste.

De son côté, la députée Sabrina Sebaïhi (Parti Écologiste) a perçu des « signes positifs » de part et d’autre, citant le transfert de Christophe Gleize dans une prison près d’Alger et la déclaration du président algérien se disant prêt à accueillir tous ses citoyens. Elle estime que la situation pourrait « connaître une désescalade ».

La visite de Ségolène Royal en Algérie a ouvert cette voie.

Le dernier ministre français de l’Intérieur à s’être rendu en Algérie était Gérald Darmanin, fin 2022. Son successeur, Bruno Retailleau, a contribué à l’exacerbation des tensions, notamment concernant l’affaire de l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné pendant près d’un an pour avoir exprimé des opinions sur son pays d’origine.

Parallèlement, l’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal s’est rendue en Algérie il y a quelques jours, où elle a été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune. Elle a pu rencontrer Christophe Gleize, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Les autorités algériennes ont accepté son transfert de la prison de Tizi Ouzou (à 100 kilomètres au nord d’Alger) à celle d’El-Kolea, près d’Alger.

Lors de sa visite, Ségolène Royal s’est présentée comme une médiatrice, agissant de sa propre initiative en sa qualité de présidente de l’Association France-Algérie, et a appelé à « reconstruire l’amitié franco-algérienne ». La visite de Nunez permettra-t-elle d’apaiser les tensions entre l’Algérie et la France ?

By NPINEWS

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